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Perdue en pleine mer

Ceci n’est pas un phare. C’est l’état dans lequel je me trouve parfois quand je pense à ce que c’est que de « vivre à la campagne ».

Vivre à la campagne a d’inestimables avantages et, on l’a bien vu depuis le déconfinement : le monde rural attire.

Ici, nos bouchons sont dus au transport des animaux ou des grumes de bois. Ici, notre pollution se résume à l’odeur du fumier du paysan de la ferme voisine. Ici, notre Facebook local, c’est le commérage à la boulangerie ou au café du coin. Ici, le café coûte 1 euro, la baguette de pain aussi et la plupart des parkings sont gratuits.

Mais il y a aussi quelques inconvénients, avouons-le, notamment pour qui vit en Corrèze. Ici, on ne peut pas avoir une conversation téléphonique en voiture sans être coupé par les différentes zones blanches du réseau. Ici, on ne trouve pas forcément tout ce dont on a besoin sans passer par le géant qui croit venir d’Amazonie.

Et surtout, ici, on ne peut pas trouver un spécialiste disponible à moins de 100 kilomètres pour la plupart des cas. Comme un dermatologue, un rhumatologue, un ophtalmologue par exemple (on a des bobologues et des branquignologues, ceci étant… Mais j’en parlerai une prochaine fois).

Voilà donc pourquoi je me suis retrouvée sous une pluie torrentielle à enfiler les kilomètres de bitume pour me rendre à la « capitale » auvergnate pour consulter un dermato pour ma chute de cheveux. J’avoue, j’y suis allée sans trop d’espoir mais le généraliste n’avait rien d’autre à me proposer. Le résultat a dépassé mes espérances.

15h10 : je me gare au parking du centre commercial, contente de ne pas galérer à trouver une place en ville (c’est qu’à la campagne, on perd l’habitude de faire des créneaux…)

15h15 : j’arrive avec quinze minutes d’avance pour mon RDV de 15h30.

15h20 : je m’installe avec le dernier Virginie Lloyd, prête à avaler les pages en prévision de l’attente interminable dans ce genre d’occasion.

15h32 : le docteur vient me chercher dans la salle d’attente (Dieu, un médecin ponctuel, ceci expliquerait-il l’ambiance de fin du monde de la journée ?).

Il ne ressemblait pas à ça, ne rêvez pas…

15h35 : il a fini de créer mon dossier dans l’ordinateur même si son logiciel ne veut pas accepter mon code postal lié à ma commune de résidence (pour lui, il n’existe pas…).

15h36 : il jette un coup d’œil à mes grains de beauté (autant ne pas avoir fait le déplacement pour rien !).

15h37 : il soulève une mèche de cheveux et estime que sur le dessus, il en manque, mais derrière ça va… (oui et les côtés dégarnis, ça ne compte pas ?!?).

15h40 : il m’explique qu’il n’a rien à me proposer à part un traitement local qui peut, au mieux, ralentir la chute, mais que je ne retrouverai pas ma chevelure. Il ajoute que j’ai néanmoins bien fait de ne pas prendre le traitement que son confrère m’avait prescrit il y a dix ans (traitement hormonal de cheval similaire à celui donné pour les changements de sexe… oui, oui, vous avez bien lu) car on s’est rendu compte que ça créait plus de problème que ça n’en résolvait (sans déconner ? J’aurais dû faire médecine parce que moi, ça me paraissait déjà risqué de me bourrer d’hormones pour contrer une chute de cheveux).

15h45 : j’insère ma carte bleue, paie mes 50 euros et retourne, blasée, au parking du centre commercial.

15h50 : après ce rendez-vous inutile et déprimant, j’ai besoin de réconfort. J’entre dans le pseudo Starbucks pour voir ce qu’ils proposent mais ressors, pas du tout prête à payer 4.30 euros pour un Chai Latte petit modèle qui sera sûrement fait à base de sirop de glucose.

15h55 :  j’insère mon ticket dans la caisse automatique et constate, amère, que mes 45 minutes de stationnement me coûtent plus cher que le prix de 2 baguettes de pain.

16h00 : je quitte enfin la ville et reprends la route, plus abattue encore qu’à l’aller.

16h20 : j’avise le Puy de Dôme, majestueux, nappé de brouillard et comme toujours, je tombe en amour devant cette vue. Je quitte la route principale et m’arrête le temps de quelques photos (gênant par la même occasion la circulation de deux seules voitures qui empruntent la route large comme une allée de Vival – c’est comme Monop’ en plus petit…).

Moi me rendant compte que je gêne la circulation en faisant ma « Parisienne »

Quand je reprends les images le soir, je me rends compte qu’avec le manque de luminosité ambiante, l’antenne semble telle un phare pour guider les âmes perdues, la brume pourrait être de la houle et le puy l’immensité de l’océan.

Sont-ce mes yeux qui y voient cet imaginaire marin ? Ou l’appui sur le déclencheur a-t-il su retranscrire l’état de flottement et de perdition dans laquelle je me trouvais à ce moment là ?

La vie à la campagne a plein d’avantages et je me sens chanceuse de pouvoir bénéficier d’un si beau cadre de vie au quotidien. Mais elle peut aussi, parfois, donner l’impression d’être « perdue en pleine mer »…

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