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Comment j’ai rechuté…

Et voilà, j’ai replongé.

Cela faisait presque dix ans que je n’y avais pas réellement touché. Mais il aura suffi d’un shoot, de quelques minutes à peine, pour que je m’engouffre, tête la première dans la brèche ouverte.

Est-ce que parce l’abstinence fut longue que la rechute fut si rapide et si intense ? Toujours est-il que j’ai fini en larmes. Comme à l’accoutumée.

L’addiction remontait à loin pourtant. Ma première fois, c’était pour mes 14 ans. Je n’ai rien cherché, ça m’a été apporté sur un plateau. « Elle » m’a été offerte en cadeau. Je n’en avais jamais entendu parler avant ce jour-là. Mais cette première rencontre signa le début d’une longue histoire d’amour, parfois entrecoupée, si non de haine, au moins de défiance. La vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille…

A l’époque, nous étions en 1997 et elle n’en était pas à sa première fois, elle. Elle sévit et embrigade depuis 1984 alors voyez-vous, j’étais loin d’être sa première victime. Et depuis le temps, l’Ange Roux avait eu le loisir de diversifier ses atours pour attirer à elle de plus en plus de personnes, d’univers différents, éclectiques.

Car, oui, il est temps de vous rassurer, mon addiction n’est pas reconnue par les hautes sphères de la médecine. Il y a 23 ans, je suis tombée en amour avec Mylène – est-il besoin de préciser le nom, je ne le pense pas – et j’ai replongé ce vendredi 25 septembre 2020.

Je ne vais pas vous faire une chronique-analyse-décortiquage de L’Ultime création, documentaire de Mathieu Spadaro paru sur Amazon Prime et retraçant les semaines précédant le dernier concert de la rousse libertine à l’Arena en 2019. Concert auquel je n’ai malheureusement pas pu assister, tout comme le précédent en 2013.

2013 : j’avais un bébé de quelques mois à peine que je ne voyais pas abandonner le temps d’un concert. #jeunemamanstressee. Après coup, je peux vous dire que je regrette un poil ma décision, mais à l’époque, je me disais « Pas grave, il y en aura d’autres… ».

2019 : j’ai deux enfants suffisamment grands pour m’octroyer cette parenthèse, mais je n’arrive pas à trouver une place disponible que je puisse payer car les fans se déchaînent et s’arrachent les places. Et je ne peux pas me permettre de payer plus de cent euros la place, avec le prix du transport et de l’hébergement à Paris. J’enrage mais j’encaisse. La prochaine fois, à moi de me constituer un pécule pour rejoindre la horde hystérique des fans qui s’agglutinent devant les portes des heures avant pour espérer être à moins de cinquante mètres de la scène. Mais là encore, je pensais que j’aurais une autre occasion…

Mais maintenant que ce documentaire est sorti et s’intitule « L’Ultime création », quand on sait le soin que prend Mylène pour choisir les mots, je me dis que j’ai peut-être laissé passer ma chance. Qu’il n’y aura peut-être pas de « prochaine fois ».

Alors depuis vendredi, je me repasse en boucle les live des concerts, ceux auquels j’ai assisté – trois tout de même – et ceux que j’ai ratés. C’est incomparable de voir ou d’écouter les enregistrements, mais ça donne une bonne idée de la ferveur démentielle qui s’empare des gens à partir du moment où se tamisent les lumières.

Novembre 1999 à Lyon : mon premier concert où j’ai bien cru que je n’arriverai jamais car la neige s’était incrustée dans le programme. Il nous a fallu 2 heures pour sortir de Saint-Etienne et toute l’avance que nous avions prévue pour être placés correctement fut réduite à néant. Heureusement, Mylène démarra en retard ce soir-là, peut-être pour permettre aux enneigés de skier jusqu’à elle. L’entrée en matière fut féérique, mystique, quand elle apparut, suspendue dans l’air, après l’ouverture de l’immense statue égyptienne du fond de scène. Un ange arrivait sur Terre et ravissait son public.

Janvier 2006 à Paris Bercy : le meilleur concert ou presque en raison du contexte. Étudiante, accompagnée de mon filleul d’études, fan encore plus absolu de la chanteuse désenchantée. Nous y allons tôt, très tôt, et discutons avec d’autres fans dans la file d’attente. Cette fois, le concert se mérite. Il fait froid, nous attendons sept heures debout devant Bercy, avançant centimètre par centimètre. Mais côté placement, nous y avons gagné. Nous sommes à quelques mètres de la scène centrale dans la fosse. Ce qui nous permet de la voir de près quand elle atterrit, lovée dans son sarcophage de plexiglas, quand elle revient portée par un lustre baroque, candélabre volant pour ses chansons les plus émouvantes. On pleure, on se serre les uns contre les autres – concert pré COVID oblige – et on chante avec elle.

12 septembre 2009 au Stade France à Paris : la date est précise car choisie. Je vais aller au concert de ma rousse préférée le jour de son anniversaire. Les fans ont prévu de lui entonner la traditionnelle chanson au milieu du concert, ça promet d’être émouvant. L’attente est plus dure, je n’ai plus vingt ans et on s’est baladé dans Paris avant de venir. Mauvaise idée, j’ai déjà mal au dos et mal aux pieds. Et puis cette fois, je ne suis pas avec de « vrais » fans, j’emmène des curieux (mon père et mon homme). Mais le concert est largement à la hauteur même si nous sommes moins bien placés (et la configuration de la scène, plus classique car prévue pour une tournée des stades, ne nous offre pas d’avancée réelle dans la foule). L’extase est différente cette fois car, du fait d’être en plein air et en fin d’été, la nuit et le noir ne nous enveloppe pas tandis que nous attendons notre shoot. Il apparaît cette fois au centre d’un vortex lumineux d’où la rouquine s’extrait, dans le plus simple appareil, revêtue d’un costume d’écorchée. Chair à vif, mettant à nu ses sentiments, ses pensées, s’offrant au public sans (trop) d’artifices.

Septembre 2020 : ma rechute sur écran. Les trois épisodes de 45 minutes sont très différents les uns des autres. Dans le premier, on découvre les préparations de chorégraphies et on y voit Mylène très à l’écoute des conseils, très loin de l’attitude de « diva » de certaines stars. Très humble, elle accepte parfois de de planter, d’hésiter. Elle sait ce qu’elle veut et elle le veut parfait. Le deuxième épisode, c’est la découverte de la salle, le backstage, l’ambiance qui se crée, au rythme des lumières, des vidéos, des musiques. On la sent impatiente et craintive à la fois. « Et si le public n’était pas là ? » cauchemarde-t-elle dans le troisième, filmé dans les derniers instants. Le documentaire est très intimiste, jamais voyeur, plein d’empathie. On sent l’énergie qui transporte la troupe, les fidèles de Mylène depuis dix, vingt, trente ans, la ferveur qu’ils témoignent à l’artiste en toute simplicité. On la découvre rieuse, joueuse, amoureuse de ses chiens, proche de sa troupe, sans distinction de rôle. L’émotion est au rendez-vous quand la caméra s’invite sur les concerts, on est transporté, on sourit, on pleure. Comme si on y était. Presque.

Alors voilà, j’ai posé ici ma confession. Je suis addict à une drogue rousse qui, un jour ou l’autre, cessera d’être. Elle laissera derrière elle un héritage monumental et des milliers d’heures à ré-écouter, à revoir. Mais cela suffira-t-il ? Je l’ignore. J’en doute. Pour moi, jamais aucun autre artiste n’atteindra ce statut si particulier.

Mylène fascine, hypnotise, enivre…

Dire qu’on aime Mylène, ce n’est pas simplement être fan. C’est au-delà. C’est embrasser son univers, plonger dans ses musiques, se délecter de ses mots. Pour toujours et à jamais.

2 commentaires

  • Sophie

    Hop, un petit commentaire ici parce que j’aime les blogs, j’aime qu’ils soient vivants et je trouve ça chouette de retrouver les réactions sous les articles plutôt que de les perdre dans les méandres des réseaux.
    J’ai écouté Mylène en boucle sur des K7 dans mon Walkman en 5ème, grâce à une copine qui m’a fait découvrir, à l’époque, elle était fan absolue.
    Je ne suis pas devenue addict mais cette année là, je crois que j’ai vraiment passé beaucoup de temps avec cette chanteuse dans mes oreilles. Ça m’est passé, mais je suis très admirative de cette artiste. Elle garde une personnalité vulnérable et pudique malgré l’ampleur de sa célébrité. C’est ce qui la rend touchante et attachante je trouve.
    Merci pour ce billet, je l’ai trouvé authentique, on sent que tu y as mis de toi.

    • Sam DeLuca

      Et je préfère d’autant plus que tu commentes ici où l’article a l’avantage d’être complet. Merci de m’avoir lue et d’avoir perçu ma mise à nu (très dans le ton de la rousse qui se met à fleur de peau dans son art…)

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